Fleur de Vie bleue et or

"Il y a des pratiques qui nous apprennent à faire.
Et puis il y a celles qui nous apprennent à être."

Au départ, on peut croire que ce n’est “que” du dessin. Des cercles, des motifs, de la patience. Mais quand on s’assoit devant une feuille blanche, compas en main ou pinceau trempé dans la couleur, quelque chose d’autre se met en place. Le geste ralentit. La respiration s’apaise. Le mental, qui d’habitude saute comme un singe hyperactif, commence doucement à se poser.

Et c’est là que les bienfaits apparaissent.


Un espace pour ralentir (vraiment)

Nous vivons dans un monde qui valorise la vitesse. Le mandala, lui, ne fonctionne pas à la vitesse. Il fonctionne à la présence. Tracer un cercle demande de la précision. Répéter un motif demande de l’attention. Colorer une forme demande de la délicatesse. Impossible d’être ailleurs sans que cela se voie immédiatement sur le papier.

Dessiner un mandala, c’est un peu comme méditer… mais avec les mains.
Le geste devient ancrage. Le regard devient point fixe. Le corps retrouve un rythme naturel.

On ne “réussit” pas un mandala. On le traverse.

Une détente profonde du système nerveux

Il y a une raison très simple pour laquelle le mandala apaise : la répétition.

Notre cerveau adore les rythmes réguliers et les formes symétriques. La symétrie rassure. Elle envoie au système nerveux un message très clair : tout est stable. Les motifs circulaires ont quelque chose d’archétypal. Ce n’est pas un hasard si le psychiatre suisse Carl Gustav Jung s’est intéressé aux mandalas. Il observait que ses patients dessinaient spontanément des formes circulaires lorsqu’ils cherchaient à retrouver un équilibre intérieur. Pour lui, le mandala représentait une tentative naturelle de l’esprit pour se réorganiser.

Quand on crée un mandala, on crée symboliquement de l’ordre au milieu du chaos.
Et le corps le ressent immédiatement.

Un dialogue silencieux avec soi-même

Ce qui me touche le plus dans la pratique du mandala, c’est qu’elle ne triche pas. Si je suis impatiente, le trait tremble. Si je suis dispersée, la composition devient confuse. Si je suis alignée, tout s’emboîte avec fluidité.

Le mandala agit comme un miroir doux. Il ne juge pas. Il montre.

On découvre aussi que la perfection n’est pas le but.

Une légère asymétrie peut devenir un charme. Une couleur posée “par erreur” peut ouvrir une nouvelle direction. On apprend à lâcher le contrôle, à accueillir l’imperfection, à transformer plutôt qu’effacer. C’est une leçon précieuse qui dépasse largement la feuille de papier.

Une stimulation de la créativité intuitive

Beaucoup de personnes pensent ne pas être créatives. Elles confondent créativité et performance artistique. Le mandala, lui, ne demande pas de “talent”. Il demande une disponibilité intérieure. À mesure que l’on répète les cercles et les motifs, quelque chose s’ouvre. L’intuition commence à guider les choix : une couleur attire, une forme appelle, un rythme s’impose. On cesse de réfléchir à ce qui “devrait être beau” et on commence à ressentir ce qui “sonne juste”.

La créativité devient une exploration plutôt qu’un jugement.
Et cela change tout.

Un ancrage dans le moment présent

Il y a un instant très particulier dans la pratique : celui où l’on oublie le temps. On commence en se disant qu’on a une heure. Puis on relève la tête et trois heures ont passé. Ce phénomène porte un nom : l’état de “flow”. C’est cet état où l’on est totalement absorbé par une activité, ni en stress ni en ennui. Le mandala facilite naturellement cet état parce qu’il combine structure (le cercle, la symétrie) et liberté (les motifs, les couleurs). Le cadre rassure, la création libère. Dans un monde saturé de notifications, cet espace de concentration douce devient presque un acte de résistance.

Un chemin vers l’harmonie intérieure

Le cercle est une forme universelle. Il n’a ni début ni fin. Il évoque le cycle, l’unité, la complétude. Quand on travaille dans un cercle, on travaille symboliquement avec ces notions. On ramène les parts éparpillées vers un centre. On organise, on équilibre, on recentre.

Ce n’est pas mystique. C’est expérientiel.

Plus on pratique, plus on sent que le mandala devient un espace de régulation émotionnelle.
Certains jours, il apaise. D’autres, il dynamise.
Parfois, il révèle une tension que l’on n’avait pas identifiée.
Il devient un compagnon de route.

Dessiner un mandala, c’est accepter de tourner autour de son centre.
Peindre un mandala, c’est déposer des couches de soi.
Terminer un mandala, c’est contempler un fragment de son propre équilibre.
Et peut-être que le plus beau bénéfice, finalement, n’est pas visible.
C’est cette sensation subtile de s’être retrouvé.